Triptyque I
À ma table je vous convie
Une table où l’on serve l’ambroisie
ni plus ni moins ;
dédiée aux dieux de la Poésie
avec Dionysos pour voisin
et quelques Bacchantes des plus jolies
aux pelisses laissant deviner de si beaux seins.
Yeux clairs, cheveux fins,
éclairant nos noces à la bougie,
portant des amphores à bout de mains,
semblant invoquer nocturnes orgies :
de vins anciens leurs paumes emplies
m’en abreuveraient enfin jusqu’à folies.
Venez poètes, trobairitz de tous coins :
à ma table poétique je vous convie.
Venez mais sachez qu’il n’est pas certain
que vous en ressortiez tous en vie.
Triptyque II
À moins que la tentation…
Dans la crypte du corbeau éviscéré
gît ma table.
Sous les voûtes d’une antichambre où furent emmurés
quelques réticents notables,
sans nul doute un peu trop vertueux.
Voulez-vous être de la partie ?
Extasier vos gustatives papilles ?
Présentez-vous masqués en les entrailles de la nuit
au lieu-dit « Le corbeau éviscéré »,
mais de cette affaire ne faites l’ombre d’un bruit
au risque de subir le même sort que le corvidé !
Soyez avertis que l’entrée est gardée par les Moires :
elles seules déterminant qui sera le bienvenu
et sachez que dans le funeste cas contraire
elles vous précipiteront au fond d’un puits
où vous servirez d’amuse-bouche à des Harpies en furie.
Tout l’enjeu consiste donc à savoir
si vous serez perçus d’un bon œil
par ma garde rapprochée qui se l’échange
pour visualiser en 3 D votre éventuel cercueil.
Ainsi ruelles sombres et pavées en guise d’accueil :
où les rats se disputent restes de repas remontés du puits.
Vous restera à franchir un pont-levis
– engrenages pour un boiseux linceul –
avant-dernière limite entre vous et l’orgie.
Une porte lourde et grinçante dès lors au loin se dressera
ainsi que les 3 vieilles envisageant vos possibles derniers pas.
En cet instant il sera encor grand temps
pour vous de fuir…
À moins que la tentation
et l’irrépressible désir de jouir…
Triptyque III
Entre si tu veux
Entre si tu veux
ne jamais plus être celui
que tu fus avant de fouler le parvis
de mon antre aux décors osseux.
L’éclairage : photophores de graisse humaine
issue de 6 parties anatomiques de 6 lesbiennes.
Bois si tu peux
le sang de victimes consentantes
non qu’elles soient mortes
mais scarifiées sur un crucifix.
Un bal sera donné,
tu choisiras une cavalière ;
sous son masque sera caché
le visage de ta future nuit d’amour ou mortifère.
Sur les 6 qui te seront présentées :
cinq fées, une sorcière.
Précipite ta destinée,
nul possible retour en arrière.
Baldaquin à couette zébrée,
ou niche glacée d’un reculé cimetière.
Ton choix est fait,
passons à table…
Vois ce formidable buffet
à la beauté effrayante du diable.
Divins mets, diaboliques serveuses,
en cet instant apparaît en ton esprit la faucheuse.
La cavalière tombe le masque :
tu as dansé avec la Mort.
Tes cinq chanceux voisins de table,
eux demain respireront encor.