Vestige du néant

Vestige du néant

On m’a coupé les ailes,
je suis plaqué au sol,
rêvant d’imiter l’hirondelle
et le rossignol.

Dans une sombre aquarelle,
Charon me réclame son obole.
Aussi les brumes sa barque traverse-t-elle,
pour seule destination une nécropole.

Le nautonier rame
tandis que je rime
sur l’épouvantable drame
d’une douleur clandestine.

Et le Styx devient lourd miroir du silence,
où dérivent mes espoirs en funèbre cadence.
Chaque coup de rame entaille mes rêves immobiles
comme on lacère une trame aux reflets trop fragiles.

Je compte les remous comme d’autres les heurs,
mes mots tombent à genoux, alourdis de langueur.
Et ma gorge, dans un chant que nul n’entend,
frêle – s’étouffe tel un vestige du néant.

Alors je tends la main vers l’autre rive obscure,
non pour fuir mon chagrin mais pour fendre l’armure ;
car même si l’on m’a brisé les ailes et l’envol,
nul ne peut enchaîner l’élan de mon verbe en exil.

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